Parole de politique

Publié le par Ptit-Seb

Méthodes oratoires.


Même si je ne connais pas grand chose en politique ou en discours, je crois qu’il est intéressant de prêter attention aux méthodes de nos dirigeants lorsqu’ils parlent.

Le premier exemple que je prendrais est celui de François Hollande que j’ai pu voir et entendre à la télévision mais également lors de ses deux derniers passages à Limoges. Les deux fois j’ai reconnu la même démarche. Tout d’abord, position décontractée : on le voit la moitié du temps penché en avant, un peu de coté, appuyé sur son pupitre. Ensuite, il commence toujours de la même façon : il cherche à faire rire l’auditoire, en parlant, non sans un humour subtil et une certaine ironie, de la politique menée par la droite. Il aborde ainsi le premier thème de son discours de façon sarcastique, puis il devient progressivement plus sérieux, il développe son idée. Les rires se font plus rares, le publique plus attentif. Et puis, ça repart : de nouvelles blagues fines sur ses adversaires, et sur le thème qu’il va aborder juste après. Même schéma, et ce plusieurs fois. La fin est très énergique : il s’agit de laisser un publique « chaud », marqué par ce discours.

Lors du meeting à Limoges de François Bayrou, homme de valeurs qui représentait une alternative intéressante à une candidate du PS peu convaincante, j’avoue n’avoir pas été passionné. Peut être parce qu’il est arrivé une heure en retard, nous laissant patienter dans une salle où la température ne cessait de croître. Peut être parce qu’il a fait une entrée fracassante sur la scène, alors que tout le monde était tourné vers la porte au fond de la salle, croyant qu’il devait entrer par là et traverser la foule. Et aussi parce que le contenu de ce qu’il a dit ce jour là m’a semblé suspect (il a notamment parlé de sa VIème république et du besoin urgent de supprimer l’ENA, sujets sur lesquels je suis sceptique). Toutefois, j’ai visionné récemment la vidéo d’un de ses passages dans l’émission du rusé et admirable Serge Moati : Ripostes. Et là, chapeau. Sa façon de mener le débat m’a un peu fait penser à celle qu’on nous a conseillé à la fac pour les entretien d’embauche en groupe. Moati pose une question, et demande à celui qui le souhaite de répondre en premier. Bayrou répond, pose clairement sa position sur le sujet (« Peut on critiquer l’Islam ? »). Il laisse rapidement la parole aux autres. Le débat est énergique. Il laisse très respectueusement parler les autres participant, reprenant la parole de temps en temps de façon exemplaire. Pas comme souvent dans ce genre de débat, en même temps que le groupe, dans une insupportable cacophonie. A chaque fois qu’il prend la parole, le débat semble se calmer (sans doute le fait qu’il soit la personne la plus connue de ce débat joue t-il aussi), on l’écoute exposer et argumenter sa position, puis le débat se ranime et continue son fil. L’impression qui reste à la fin est qu’il a clairement mené le débat.

Parlons un peu de Mme Royal. Quelle est donc sa méthode, ce qui a fait qu’elle a réussi à convaincre tant de socialiste d’être le candidat qu’il lui fallait, et tant de français à voter pour elle ? Je l’ai vu une fois en meeting et je dois dire… Je ne sais pas. Même lors d’un débat (pas seulement celui de l’entre deux tour), je ne la trouve pas si talentueuse. La moindre opposition semble produire chez elle une véritable colère (pas vraiment saine). Je vais prendre l’exemple, je vous le donne en mille, de son passage dans l’émission du fameux Moati. (Si, c’est vrai ! Il faut reconnaître l’habileté de ce journaliste pour déceler mensonges et contradictions, toujours avec une extrême courtoisie, même face aux personnes les plus désagréables). Elle se retrouve là face à plusieurs personnes, dont Laurence Parisot (dont je pense, même si je la trouve souvent un peu trop libérale, qu’elle est très loin d’être stupide, et que ce qu’elle dit n’est pas dépourvu d’intérêt). La patronne de MEDEF explique, très calmement et de façon construite à la candidate socialiste, ses désaccords, les besoins des chefs d’entreprises, le rôle qu’ils ont dans la croissance… Elle ajoute qu’elle attache elle aussi de l’importance au dialogue entre les partenaires sociaux. Et là, j’avoue ne pas comprendre pourquoi, Ségolène Royal lui répond très sèchement, en haussant le ton, et lui dit ce qu’elle pense de la mauvaise volonté du MEDEF en la matière, et par extension, de l’incompétence de la patronne des patrons. De toute évidence Mme Royal en veut à Laurence Parisot ; mais je m’obstine à penser qu’elle aurait eu plus de crédibilité en expliquant clairement et calmement le fond de sa pensée, qu’en houspillant comme une harpie son interlocutrice.

J’aurais aimé continuer, mais minuit approche, et me lancer dans une critique de Besancenot, une éloge de DSK, ou une dénonciation des propos de Le Pen serait un peu long… J’y reviendrait sans doute !

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lowie 02/04/2008 16:28

diantre ! dénoncer les propos de le pen, voila qui est avant gardiste !
néanmoins, je trouve que tu écris très bien, ça rend presque la politique interessante !
(*message subliminal* plus qu'un mois avant le concert des fataux, que tu regretteras toute ta vie si t'y vas pas)

Ptit-Seb 03/04/2008 18:57


Je t'avais bien dit que j'avais une âme de rebelle ! Et je suis un artiste de la plume, enfin du clavier, ça n'est plus un secret pour personne ;)

Bon on peut négocier un don de 50% du tarif du concert non ?